Je viens de mettre en ligne un petit document sur ITIL avant la diffusion d'un petit article qui présentera certains référentiels des meilleures pratiques (Best
Practices) : le vocabulaire d'ITIL. Pendant quelques semaines, je compléterai tous les jours ce document
qui est loin d'être exhaustif. La période étant assez chargée malgré l'année scolaire terminée, l'article en question ne sera disponible que d'ici un petit mois.
Vous en avez peut-être entendu parlé un peu avant l'été, l'itSMF et l'OGC ont lancé la troisième
version d'ITIL (Information Technology Infrastructure Library), la célèbre bibliothèque de bonnes pratiques consacrée à la gestion des services informatiques.
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L'itSMF est un forum international et indépendant dont le but est de promouvoir la gestion des services informatiques au sein du monde professionnel. |
Pour mémoire, la deuxième version du référentiel ITIL se composait des huit livres suivants.
| Livre | Description |
|---|---|
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Business Perpsective (perspective métier) |
Présente les avantages que la gestion des services informatiques procure à l'entreprise. Ce volumet met aussi l'accent sur les relations entre les acteurs métiers et le service informatique. |
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Service Support (soutien des services) |
Présente les processus nécessaires au support et à la maintenance des services informatiques. |
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Service Delivery (livraison des services) |
Présente les processus de plannification et de contrôle nécessaires à l'alignement des services informatiques avec les besoins des utilisateurs. |
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Security Management (gestion de la sécurité) |
Présente les mesures de gestion qui permettent de garantir la sécurité des systèmes d'information. |
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Application Management (gestion des applications) |
Couvre le cycle de vie des applications logicielles et l'intégration de celles-ci au sein du SI existant. |
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ICT Infrastructure Management (gestion des infrastructures TIC) |
Couvre les processus de conception et de déploiement des infrastructures informatiques et de télécommunication. |
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Planning to Implement (planification de la mise en oeuvre des services IT) |
Présente les processus qui permettent d'assurer l'amélioration continue de la gestion des services informatiques. |
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Software Asset Management (gestion des actifs logiciels) |
Traite de la gestion des actifs logiciels tout au long de leur cycle de vie. |
La gestion des incidents, la gestion des changements et la gestion des configurations étant les processus prioritaires des organisations, ITIL 2 a connu un très
grand succès au travers de ses livres Service Support et Delivery Support. Encore aujourd'hui, les autres livres restent peu connus (le manque de publications parle de
lui-même). Cela est en partie dû au fait que la publication des ouvrages s'est étendue sur environ quatre années, chose qui s'est traduite par un manque de cohérence mis en avant par de
nombreux praticiens de la gestion des services IT.
Qu'apporte ITIL 3 ?
Dans les grandes lignes, ITIL 3 doit à la fois permettre de combler les lacunes de la version antérieure et prendre en compte les nouveaux besoins organisationnels.
Ces lacunes se reconnaissent dans l'imprécision de certains processus et concepts tels que celui de CMBD
(Configuration Management Data Base), une base de données unique supposée contenir une quantité faramineuse d'informations. Au-delà des améliorations apportées, ITIL 3 prend aussi en compte
l'évolution des organisations dont les besoins changent en fonction des fluctuations du marché. Par exemple, le coût du matériel informatique n'est plus un critère majeure dans la
mesure où les prix des machines et serveurs ont nettement chuté depuis l'an 2000 (date à laquelle ITIL 2 a été élaboré). Aujourd'hui, la réflexion tourne plutôt autour de l'optimisation des
coûts d'exploitation et de maintenance de ces machines.
Au niveau structurel, cette nouvelle édition d'ITIL se compose de cinq livres actuellement disponibles en anglais. Les versions françaises devraient arriver di'ici quatre ou
cinq mois.
| Livre | Description |
|---|---|
| Service Strategy | Traite de la gestion du cycle de vie des services et de l'alignement de ces derniers avec la stratégie. |
| Service Design | Présente les principes de conception des services et les processus de création et de maintenance nécessaires à la gestion des services informatiques. |
| Service Transition | Couvre les processus de la gestion des changements et de la migration des services informatiques. |
| Service Operation | Couvre les processus de livraison et de contrôle nécessaires à la stabilité des services informatiques. |
| Continual Service Improvement | Présente les principes et processus nécessaires à l'amélioration continue des services. |
D'un point vue schématique, ITIL 3 et ITIL 2 proposent des approches radicalement différentes l'une de l'autre. Alors qu'ITIL 2 proposait un modèle de processus en
couche, ITIL 3 s'inscrit dans un cadre cohérent en plaçant la notion de cycle de vie au coeur de la démarche. Dorénavant, la gestion des services informatiques est prise en
charge au sein d'un plan continu d'amélioration des services (CSIP en anglais pour Continuous
Service Improvement Program), un concept qui n'est pas nouveau mais qui ne constituait qu'une simple définition dans ITIL 2. Dans ITIL 3, le CSIP englobe la démarche et se diffuse à
travers l'ensemble des processus de gestion des services.
ITIL 3 focalise également son attention sur la gestion des changements, un processus hautement critique du point de vue managérial et comportemental lorsqu'il s'agit de mener à bien
une transition dans l'entreprise.
Enfin, cela n'est pas non plus nouveau mais ce schéma constitué de cercles concentriques met en évidence la nécessité de gérer les services informatiques en fonction
des besoins métiers. Cette nouvelle façon de voir les choses permet alors de se poser la question de ce que l'on place derrière les termes "alignement stratégique". Doit-on réellement (et
surtout est-ce possible ?) synchroniser l'infrastructure SI avec des cycles stratégiques qui sont de plus en plus courts ? Dans son ouvrage De la stragégie business aux systèmes d'information, René Mandel pousse
une réflexion très intéressante autour de cette problématique qui est loin d'être triviale.
Quelques liens pour en savoir plus sur ITIL 3 :
Depuis de nombreuses années, l'urbanisme des systèmes d'information est un sujet régulièrement abordé par la presse spécialisée en informatique, mais de quoi s'agit-il ? Penchons-nous sur le
thème sous la forme d'une métaphore bien connue.
Qu'est-ce que l'urbanisme des systèmes d'information ?
A l'image d'une ville que l'on organise en zones, quartiers, réseaux de circulation, réseaux d'égouts, plan d'occupation des sols etc., l'urbanisme du système d'information
consiste à définir un ensemble de règles de construction qui doit permettre au système d'information de mieux s'aligner avec la stratégie de l'entreprise (1). L'urbanisation (2) du SI est un processus permanent d'optimisation du SI qui rentre dans le cadre d'une
vision à long terme.
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(1) La démarche d'architecture d'entreprise généralise celle
de l'urbanisme du SI à l'échelle de l'ensemble des activités et processus de l'entreprise. Le cadre
de référence de John Zachman (1987) et le TOGAF sont sans doute les modèles les plus célèbres
d'architecture d'entreprise. (2) L'urbanisme désigne le cadre de référence muni d'un ensemble de règles qui décrit la façon dont le SI doit évoluer et les méthodes employées. L'urbanisation désigne la transformation du SI via la mise en application des règles définies par le cadre d'urbanisme. |
L'urbaniste est l'acteur en charge de piloter le processus d'urbanisation. Il n'agit jamais seul mais en collaboration avec un grand nombre d'acteurs et entités transverses : les acteurs
métiers classiques de l'entreprise (catégorie dans laquelle on inclut la MOA et l'AMOA), la Direction des Systèmes d'Information, les équipes projet (les MOE, les chefs de projet, etc.), les
architectes techniques et d'autres acteurs. La grande proximité avec la direction générale de l'entreprise est un facteur clé de réussite dans la mesure où l'urbaniste doit avoir
une vision générale et claire sur l'ensemble des projets qui déclineront le modèle d'urbanisme. D'autre part, l'urbaniste doit également être capable de motiver les projets, de justifier le
financement de ces derniers et de communiquer sur les effets bénéfiques qu'apportera sa démarche, non seulement à l'échelle de l'entreprise mais aussi à celle d'un projet unique.
Concrètement, pour mener à bien son travail, l'urbaniste fonde sa démarche selon un modèle en quatre vues qui représentent différents niveaux théoriques de conception d'un système
d'information :
- la Vue Métier.
- la Vue Fonctionnelle.
- la Vue Applicative.
- la Vue Technique.
Pour chacune de ces vues, l'urbaniste doit réaliser un ensemble de cartes et plans (on parle de cartographie) dont le rôle est de décrire l'état actuel du SI de l'entreprise. Cependant, la
démarche d'urbanisation du SI n'est pas un travail ponctuel de quelques mois à réaliser sous la forme de deux ou trois projets. Il s'agit d'un état permanent qui évolue au rythme de la dynamique
stratégique de l'entreprise, mais aussi en fonction des opportunités offertes par les nouvelles technologies (Internet, la mobilité) (3) et des
nouvelles législations (Bâle 2, SOX). Une fois réalisée, la cartographie du SI ne reste donc jamais figée. Elle doit constamment être mise à jour en fonction des cibles stratégiques et de la forme organisationnelle
de l'entreprise.
| (3) On parle d'urbanisme technique lorsque la démarche cherche à tirer profit des nouvelles technologies et des nouveaux standards du marché pour gagner en flexibilité et répondre aux objectifs de l'urbanisme. |
Ces objectifs stratégiques se modélisent au niveau de la Vue Métier sous la forme de Processus Métiers. Cette vue métier répertorie aussi les stimuli externes et internes à l'entreprise, la façon
dont ces stimuli sont traités, les documents utilisés au sein des processus et enfin, les acteurs impliqués dans les processus.
La Vue Fonctionnelle structure les informations nécessaires aux métiers de l'entreprise en identifiant les fonctionnalités qui devront être supportées par le SI (exemple : la gestion d'un contrat
client). C'est à ce niveau que l'on considère les quartiers et les zones afin de regrouper les fonctions connexes par blocs fonctionnels.
Ces deux premières vues répondent uniquement à des besoins organisationnels et aux objectifs stratégiques de l'entreprise : "Quels sont nos objectifs stratégiques (vue métier) et comment
devons-nous organiser les informations nécessaires à la réalisation de ces objectifs (vue fonctionnelle) ?
A ces niveaux, on ne s'intéresse pas aux aspects technologiques. Ces considérations ne viennent que plus tard, lorsqu'il s'agit de formaliser les Vues Applicative et Technique.
Ces deux dernières vues correspondent à la vision technologique du système d'information. La Vue Applicative répertorie l'ensemble des applications (les progiciels, les bases de données, les
logiciels, etc.) qui ont pour rôle de concrétiser et d'exécuter les fonctions définies dans la Vue Fonctionnelle.
La Vue Technique répertorie les composants de l'infrastructure physique (les machines, les serveurs, le matériels, les éléments des réseaux, etc.) qui supportent les applications et les réseaux
de communication.
Le modèle d'urbanisme peut être abordé de plusieurs façons en fonction de la problématique rencontrée. On distingue typiquement l'approche top-down et l'approche bottom-up. La première approche consiste à suivre le modèle d'urbanisme dans le sens descendant, de la modélisation métier jusqu'à
l'implantation technique. La seconde approche se focalise sur les aspects techniques pour remonter jusqu'aux besoins métiers. Il n'existe pas d'approche miracle, l'urbaniste et ses
collaborateurs orientent leur démarche en fonction des problèmes qu'ils ont à résoudre. Il existe aussi des approches intermédiaires.
Par exemple, Microsoft préconise une vision intermédiaire dite middle-out (cf. L'architecture SOA dans le monde réel). D'un côté, il n'est pas cohérent de mettre en place une infrastructure technologique en dehors d'un cadre organisationnel et
sans cibles stratégiques. D'autre part, se lancer dans un long projet selon une approche descendante, c'est prendre le risque d'aboutir à une solution technique qui n'est plus
en phase avec les besoins de l'entreprise. A travers sa plate-forme .NET et son modèle de Services Web, Microsoft propose une approche concrète sous la forme de projets SOA itératifs et
incrémentaux (4).
| (4) Les SOA (architectures orientées services) peuvent se résumer en une démarche architecturale qui vise à rendre les systèmes d'information plus agile et plus flexible, c'est-à-dire être capable de s'adapter à la dynamique des marchés et aux besoins des utilisateurs. |